Des recherches scientifiques récentes suggèrent que notre façon de vivre, en particulier notre transition vers des sociétés industrialisées, pourrait modifier fondamentalement notre équilibre hormonal. Une étude menée par des chercheurs du Collège médical de l’Université Jagellonne a révélé que les habitants des environnements urbains modernes possèdent des bactéries intestinales capables de « recycler » les hormones sexuelles à des taux nettement plus élevés que les chasseurs-cueilleurs ou les agriculteurs ruraux.

La faille biologique : comment les hormones sont recyclées

Pour comprendre ce phénomène, il faut regarder comment l’organisme gère les hormones comme les œstrogènes. Dans des circonstances normales, lorsque les niveaux d’hormones dans le sang deviennent trop élevés, le foie attache une « étiquette » chimique (une molécule de sucre) à l’hormone. Cette étiquette marque l’hormone pour l’excrétion, l’envoyant généralement par le tube digestif pour être éliminée du corps.

Cependant, un groupe spécifique de bactéries intestinales possède des enzymes appelées bêta-glucuronidases. Ces enzymes agissent comme des ciseaux moléculaires, coupant l’étiquette chimique. Une fois l’étiquette retirée, l’hormone n’est plus reconnue comme déchet ; au lieu de cela, il peut être réabsorbé à travers la paroi intestinale et renvoyé dans la circulation sanguine.

Cette collection spécialisée de bactéries est connue sous le nom d’œstrobolome. Un concept similaire, le testobolome, a récemment été proposé pour décrire les bactéries qui influencent les niveaux de testostérone.

Industrialisation et écart du microbiome

En analysant les séquences génétiques de centaines de personnes réparties dans 24 populations mondiales diverses, l’équipe de recherche a identifié une disparité frappante entre les groupes de mode de vie :

  • Urbain contre traditionnel : Les populations des villes industrialisées (telles que celles des États-Unis) ont montré une capacité de recyclage des œstrogènes jusqu’à sept fois supérieure à celle des chasseurs-cueilleurs du Botswana ou du Népal et des agriculteurs ruraux du Venezuela.
  • Diversité : La diversité microbienne responsable de ce recyclage était également deux fois plus élevée dans les populations industrialisées.
  • Nutrition infantile : L’étude a révélé que les bébés nourris au lait maternisé ont jusqu’à trois fois la capacité de recyclage et 11 fois la diversité microbienne des bébés allaités au sein.

Il est intéressant de noter que des facteurs tels que l’âge, le sexe et l’IMC ne semblent pas influencer la composition de l’œstrobolome, ce qui suggère que l’environnement et le régime alimentaire sont les principaux facteurs déterminants.

Pourquoi c’est important pour la santé humaine

La capacité de recycler les hormones est une arme à double tranchant. Bien que le corps puisse disposer de mécanismes pour compenser ces niveaux plus élevés, les implications à long terme sont importantes :

  1. Risque de maladie : Des taux circulants plus élevés d’œstrogènes sont souvent liés à des risques accrus de certains cancers, comme le cancer du sein.
  2. Fécondité et développement : Les changements dans l’équilibre hormonal peuvent avoir un impact profond sur la santé reproductive.
  3. Avantages potentiels : Ce n’est pas strictement négatif. Pour les personnes aux prises avec des niveaux d’œstrogènes naturellement faibles, un œstrobolome très actif pourrait théoriquement fournir un coup de pouce bénéfique.

“On suppose généralement qu’un recyclage plus élevé des œstrogènes est nocif… mais pour certaines personnes ayant des niveaux d’œstrogènes très faibles, cela pourrait être une bonne chose.” — Rebecca Brittain, Faculté de médecine de l’Université Jagellonne

Questions sans réponse et prochaines étapes

Bien que les résultats soient convaincants, l’étude présente des limites. La plupart des données concernant les populations industrialisées proviennent des États-Unis, ce qui signifie que des recherches plus approfondies en Europe et dans d’autres régions sont nécessaires pour confirmer si ces tendances sont véritablement universelles à la « modernité ».

La prochaine phase de recherche se concentrera sur deux objectifs essentiels : déterminer si cette capacité de recyclage accrue entraîne réellement des taux d’hormones sanguines plus élevés et identifier les facteurs spécifiques du mode de vie, tels que le régime alimentaire ou l’utilisation d’antibiotiques, qui entraînent ces changements microbiens.


Conclusion
La découverte de l’œstrobolome met en évidence un lien profond entre notre environnement moderne et notre chimie interne. Alors que nous continuons à nous éloigner des modes de vie traditionnels, il sera essentiel de comprendre comment nos bactéries intestinales manipulent nos hormones pour gérer les risques de santé et de maladie à long terme.

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