Une nouvelle étude controversée suggère que des algorithmes informatiques ont identifié une esquisse jusqu’alors inconnue d’Anne Boleyn, remettant en question des siècles de consensus sur l’histoire de l’art. En appliquant la technologie de reconnaissance faciale à une collection de dessins de l’ère Tudor, les chercheurs affirment avoir trouvé une ressemblance avec la reine exécutée qui avait été étiquetée à tort comme une « femme non identifiée » pendant des centaines d’années.
Cependant, les résultats ont suscité de vives critiques de la part des historiens de l’art, qui affirment que la méthodologie est erronée et que les résultats ignorent le contexte nuancé du portrait du XVIe siècle.
Le mystère du visage d’Anne Boleyn
Anne Boleyn, seconde épouse du roi Henri VIII et mère de la reine Elizabeth I, reste l’une des figures les plus énigmatiques de l’histoire. Son règne n’a duré que trois ans avant qu’elle ne soit accusée d’adultère, d’inceste et de trahison, ce qui a conduit à son exécution en 1536. Comme aucun portrait peint confirmé de Boleyn n’a survécu de son vivant, sa véritable apparence a fait l’objet d’un débat intense parmi les érudits et le public.
Le Royal Collection Trust détient une célèbre série de croquis préparatoires du maître Hans Holbein le Jeune, qui représentent des membres de la cour des Tudor. Parmi ceux-ci se trouve un dessin explicitement intitulé « Anne Boleyn ». Si certains historiens modernes considèrent cette étiquette comme exacte, d’autres la contestent depuis longtemps. Les critiques soulignent des incohérences : le personnage porte une tenue informelle, a des cheveux clairs et un menton plein (contredisant les descriptions contemporaines de cheveux noirs et d’un cou fin), et porte une inscription d’une main du XVIIIe siècle, longtemps après la mort de Boleyn.
Une nouvelle méthode de détective numérique
La nouvelle recherche, dirigée par le Dr Karen Davies, une historienne indépendante, et le professeur Hassan Ugail de l’Université de Bradford, cherchait à contourner les préjugés humains en utilisant l’apprentissage automatique. L’équipe a introduit des copies numériques des croquis de Holbein dans un algorithme de reconnaissance faciale. Au lieu de s’appuyer sur des étiquettes, le logiciel a comparé les principales caractéristiques faciales des dessins pour identifier les similitudes.
Pour valider leur approche, les chercheurs ont comparé les croquis aux portraits connus des proches de Boleyn, dont sa fille Elizabeth I et ses cousins germains. L’algorithme a identifié un groupe de similitudes faciales, telles que la forme des yeux et la structure du nez, reliant certaines figures « non identifiées » de la collection Holbein à l’arbre généalogique de Boleyn.
Selon l’étude, le dessin correspondant le plus aux caractéristiques familiales de Boleyn n’était pas celui portant son nom, mais un autre dessin précédemment rejeté comme représentant une femme non identifiée. Le professeur Ugail a déclaré que les résultats étaient « choquants » et a suggéré que cette technologie pourrait être reproduite pour d’autres mystères historiques.
Scepticisme des historiens de l’art
Bien que l’étude ait été évaluée par des pairs, elle a été immédiatement critiquée par la communauté de l’histoire de l’art. Le Dr Bendor Grosvenor, un éminent historien, a qualifié les résultats de « un tas de conneries », arguant que la méthodologie est fondamentalement erronée. Il soutient que l’art ne peut pas être traité comme la photographie moderne, dans la mesure où les croquis de Holbein étaient des œuvres préparatoires stylisées et non des enregistrements littéraux.
Le Dr Charlotte Bolland, conservatrice principale à la National Portrait Gallery, a proposé une critique plus mesurée. Elle a noté que le court règne de Boleyn n’a pas permis de développer une « iconographie » établie ou un style de portrait officiel. En outre, elle a suggéré que certaines images de Boleyn pourraient avoir été délibérément détruites par ses ennemis, ce qui rend improbable la survie d’une seule ressemblance définitive.
Le Dr Grosvenor défend l’opinion traditionnelle selon laquelle le croquis étiqueté est bien Boleyn. Il affirme que la tenue vestimentaire informelle était un signe de statut élevé, que le manteau foncé sur les cheveux blonds explique la différence de couleur et que l’identification originale par quelqu’un qui la connaissait a plus de poids que l’interprétation d’un algorithme.
Pourquoi c’est important
Cette controverse met en évidence une tension croissante entre les humanités numériques et l’érudition traditionnelle. À mesure que les outils d’IA deviennent plus sophistiqués, ils offrent de nouvelles façons d’analyser les données historiques, mais ils risquent également de simplifier à l’excès des artefacts culturels complexes.
“L’incroyable tragédie émotionnelle de sa vie est cette histoire que les gens veulent revisiter”, déclare le Dr Bolland. “Il y a cette curiosité et je pense que cela motive la recherche en cours – des gens qui lancent différentes méthodologies pour essayer de répondre à une question à laquelle on réfléchit depuis des centaines d’années.”
Même si l’étude sur la reconnaissance faciale offre une nouvelle perspective intéressante, elle ne règle pas le débat. Au lieu de cela, cela souligne la fascination persistante pour Anne Boleyn et les défis liés à la reconstruction de l’histoire à partir de preuves fragmentées. La recherche de son vrai visage se poursuit, motivée à la fois par l’innovation technologique et la curiosité humaine.
