Tout tourne autour de l’herbe
Ils ne regardent pas d’abord les jolies ailes. Pas vraiment. Ils se soucient plus des chenilles que des papillons. Car c’est là que la magie opère, ou meurt, selon les années.
À Bridgend, un petit groupe de personnes est obsédé par l’idée d’empêcher une espèce de disparaître du paysage gallois. La fritillaire des marais. Cela semble grandiose. C’est rare. Rarissime. Si vous entrez dans le champ de droite, vous apercevrez peut-être le flou orange et brun qui flotte, mais la véritable histoire se déroule sous terre, enfin, en bas, dans les touffes d’herbe denses.
Les bénévoles le savent.
L’enchevêtrement et le tunnel
Il faut des plantes spécifiques. Knautia arvensis —scabious des champs—est la nourriture des jeunes. L’herbe doit être suffisamment haute pour créer un microclimat frais et humide, mais pas au point d’écraser tout sous les pieds. C’est un acte délicat de couper et de partir.
La clé, c’est de ne pas en faire assez. C’est faire la bonne chose au bon moment.
Trop de gestion ? L’habitat rétrécit. Les tunnels que les chenilles tissent à travers la base de l’herbe s’effondrent sans support structurel. Trop peu ? La végétation devient trop dense. Le sol ne se dessèche pas après les pluies printanières. Les larves se noient ou surchauffent.
Cela ressemble à une microgestion de l’enfer, mais c’est un travail de précision. Ces volontaires passent leurs week-ends avec des faux et des faucilles. Ils parlent aux agriculteurs qui possèdent la terre. Ils mesurent les précipitations. Ils suivent les conditions météorologiques comme s’ils se préparaient à la guerre. Car effectivement, ils luttent contre l’extinction.
Pourquoi Bridgend ?
C’est l’un des derniers bastions de Grande-Bretagne pour cette population spécifique. Pas tout le Pays de Galles. Pas seulement le sud du Pays de Galles. Plus précisément, ces vallées. La géologie aide. La pluie aide. Mais ce sont surtout les gens.
Sans eux, la fritillaire aurait disparu dans une décennie. Peut-être cinq.
Ils le font gratuitement. La plupart d’entre eux. Certains ont d’autres emplois, d’autres vies. Un mardi soir ou un dimanche matin, ils sont là, transpirant, vérifiant les transects, se demandant si les écoutilles tiendront.
Est-ce que ça vaut le coup ?
Certains disent oui. La nature est la nature ; les choses viennent et les choses disparaissent. Mais quand vous faites l’effort et que vous voyez un patch qui était mort depuis dix
