Le métaverse, autrefois présenté comme la prochaine frontière de la vie numérique, ne disparaît pas : il évolue. Après une période de battage médiatique intense suivie d’une désillusion significative, le concept se remodèle tranquillement, dépassant la vision initiale des mondes virtuels immersifs et vers des applications pratiques. Le discours est passé de grandes promesses à une approche plus mesurée.

Le crash du cycle de battage médiatique

L’échec précoce du métaverse a été brutal. Meta (anciennement Facebook) a investi plus de 70 milliards de dollars dans ce concept depuis 2021, pour ensuite faire face à des pertes massives. La société a réduit ses investissements, annulant même temporairement un arrêt prévu de sa plateforme Horizon Worlds avant de confirmer qu’elle resterait disponible. Cette volatilité souligne le problème central : le métaverse, tel qu’il était initialement conçu, n’a pas tenu sa promesse d’expériences virtuelles fluides et engageantes.

La première vague de réalité virtuelle, remontant aux années 1990 et illustrée plus tard par des plateformes comme Second Life, a montré que les mondes numériques immersifs étaient techniquement réalisables, mais se heurtaient à des problèmes d’utilisabilité et à un attrait limité. La tentative de Facebook de ressusciter l’idée au début des années 2020 a été alimentée par la demande d’interaction à distance provoquée par la pandémie, mais la technologie n’était pas prête.

Le vrai problème : friction et utilité

Les experts conviennent que le plus grand obstacle du métaverse n’était pas seulement les limitations technologiques, mais aussi le manque d’utilité claire. Comme le dit Lik-Hang Lee, professeur adjoint à l’Université polytechnique de Hong Kong : « La vision grandiose d’un univers virtuel unique et partagé… a toujours été un peu une survente de science-fiction. »

Le problème va au-delà de la simple commodité. Les casques VR actuels provoquent un inconfort (maux de tête, nausées et fatigue oculaire) en raison du « conflit convergence-accommodation », où le cerveau a du mal à concilier la concentration visuelle avec la réalité physique. Le matériel est encombrant, coûteux et nécessite une attention prolongée et ciblée, ce qui en fait un piètre substitut aux outils numériques existants.

Le pivot : de l’utopie sociale aux outils pratiques

Le métaverse n’est pas en train de mourir ; il est en train d’être reconstruit en mettant l’accent sur le but, et non sur le battage médiatique. Le futuriste Mark van Rijmenam affirme que la vision initiale des avatars de dessins animés dans les lobbys virtuels était irréaliste, mais que la technologie sous-jacente a toujours de la valeur. La clé est d’intégrer le métaverse dans les flux de travail du monde réel, plutôt que d’essayer de les remplacer.

La nouvelle orientation exploite l’IA, la 5G, l’informatique de pointe et les technologies d’affichage avancées telles que les microLED pour résoudre les problèmes fondamentaux d’immersion, de performances et de convivialité. L’IA apparaît comme un composant essentiel, automatisant la création de contenu et améliorant la réactivité dans les environnements virtuels. Les entreprises utilisent le développement assisté par l’IA pour rationaliser les programmes de formation VR, les rendant ainsi plus efficaces et plus abordables.

L’erreur des coûts irrécupérables et les perspectives d’avenir

Malgré les revers, de nombreuses organisations continuent d’investir dans le métaverse, en partie en raison de « l’erreur des coûts irrécupérables » : la réticence à abandonner des projets après un investissement financier important. Cependant, les experts voient une voie à suivre. Le métaverse évoluera probablement vers une réalité hybride, mélangeant les mondes numérique et physique grâce à la réalité augmentée (AR) et à des expériences VR plus fluides.

La clé n’est pas de remplacer la vraie vie mais de l’augmenter. L’avenir du métaverse pourrait résider dans des applications de niche telles que les simulations industrielles, les programmes de formation et les outils de collaboration spécialisés, des domaines dans lesquels les avantages de la technologie l’emportent sur les frictions.

La promesse initiale du métaverse d’une utopie numérique totalement immersive s’est estompée, mais ses concepts fondamentaux sont en train d’être réutilisés pour des applications pratiques et réelles. L’avenir ne consiste pas à s’échapper dans des mondes virtuels, mais à les intégrer dans le tissu de la vie quotidienne.

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