De nouvelles recherches suggèrent que les virus résidant dans l’intestin – collectivement connus sous le nom de virome intestinal – jouent un rôle surprenant dans la régulation du taux de sucre dans le sang. Une étude menée sur des souris révèle que ces virus activent le système immunitaire de manière à améliorer le métabolisme des glucides, réduisant ainsi efficacement les pics de glycémie. Les résultats, publiés dans Cell Host & Microbe le 11 mars, pourraient remodeler notre compréhension des troubles métaboliques comme le diabète.
Le rôle inattendu du Virome intestinal
Depuis des années, le microbiome intestinal (bactéries, champignons, etc.) est au centre des recherches sur la santé digestive. Cependant, cette étude souligne que les virus, souvent négligés, sont les entités biologiques les plus abondantes dans le corps humain, dépassant en nombre toutes les autres cellules réunies. Malgré leur prévalence, leur fonction est restée largement mystérieuse. Les recherches actuelles commencent à combler cette lacune.
Les chercheurs ont perturbé les viromes intestinaux de souris à l’aide d’un cocktail antiviral, puis les ont nourries avec un régime riche en glucides ou en graisses pendant 25 jours. Les souris dont le virome est appauvri n’ont montré aucun changement significatif lors d’un régime riche en graisses. Cependant, ceux qui suivaient un régime riche en glucides présentaient une tolérance au sucre altérée, même avec une expression accrue de gènes liés à la digestion des glucides. Cela a entraîné des pics rapides de glycémie, reflétant l’état observé dans le diabète.
Il est important de noter que l’antiviral n’a pas eu d’impact sur les bactéries intestinales, ce qui prouve que les effets du virome sont indépendants des communautés bactériennes. La réintroduction de virus chez des souris stériles – soit par transplantation fécale, soit par injection directe – a amélioré la tolérance au glucose, renforçant ainsi le rôle du virome.
Activation du système immunitaire : le mécanisme clé
L’étude a identifié comment le virome influence le métabolisme : via l’activation immunitaire. Des particules virales fluorescentes ont été observées absorbées par les lymphocytes T, déclenchant la libération de protéines qui régulent le transport du glucose dans la circulation sanguine. Sans l’influence du virome, cette réponse immunitaire s’affaiblit, entraînant une augmentation plus rapide et plus élevée de la glycémie.
Des expériences utilisant des organoïdes humains de l’intestin grêle (intestins miniatures cultivés en laboratoire) ont reflété ces résultats, suggérant que le même mécanisme s’applique à la physiologie humaine. C’est une découverte complètement nouvelle ; on sait désormais que les virus stimulent directement le métabolisme des glucides, une voie énergétique fondamentale.
Implications pour les thérapies futures
La recherche soulève la possibilité de manipuler le virome pour traiter des maladies métaboliques. Bien qu’ils n’en soient encore qu’à leurs débuts, les résultats suggèrent que des stratégies thérapeutiques ciblant les virus intestinaux pourraient devenir une réalité. Cependant, les experts préviennent que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre comment les différentes souches virales interagissent avec l’intestin et le système immunitaire chez l’homme avant de pouvoir développer des applications cliniques.
“Le fait que le virome puisse directement stimuler et activer le métabolisme des glucides… est complètement nouveau.”
— Jeremy Barr, virologue de l’Université Monash
Cette étude souligne que les virus ne sont pas seulement des agents pathogènes. Ils font partie intégrante de la santé intestinale et interagissent avec le système immunitaire d’une manière jusqu’alors inconnue. L’avenir de la recherche métabolique impliquera probablement une vision beaucoup plus large de l’interaction complexe entre les virus, les bactéries et la physiologie humaine.
























